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LE CHANT GRÉGORIEN

Ce thème est si vaste, tellement immense qu’on appréhende, qu’on redoute d’en parler. D’où vient ce chant ? D’où vient le nom ? Qu’est-il ?

C’est le chant rituel (en latin) strictement liturgique de l’Eglise romaine et peut dater du Ve ou Vie siècle. Il est monodique (à 1 voix) et s’oppose ainsi à la polyphonie. A son origine il n’était prévu que pour des voix d’hommes, seuls à avoir le droit de chanter à l’église.

Comme le grégorien était principalement chanté dans les monastères, les moines se transmettaient ces mélodies oralement. Son écriture, apparue longtemps après, a beaucoup changé au cours des temps. On ne connaissait pas la portée musicale et les mélodies étaient vaguement indiquées par de petits signes au dessus du texte pour annoncer les inflexions de voix. Il y a eut là diverses écoles qui avaient chacune ses propres signes. Aujourd’hui le grégorien est écrit sur une portée de 4 lignes en notation carrée. On y trouve 4 clés et 8 tonalités. Les textes du chant grégorien sont tous tirés de la Bible. Il peut être calme ou connaitre des envolées exaltantes, mais toujours sans excès. Marquées par le rythme du mot latin, les mélodies sont comme issues de l’accentuation du texte. En chantant on doit voir le visage de Dieu ce qui imprègne tout le chant. Il doit être aussi léger, transparent et aérien que les volutes de fumée montant de l’encensoir. Le chant grégorien est prière et recueillement, et de ce fait, calme, posé, paisible, tout en restant souple, puisqu’on se sent en présence de Dieu.

A travers la variété de ses tons, le chant grégorien se prête à l’expression de tous les mouvements du cœur, de toutes les couleurs de l’âme. Voici le 1er ton, tonique et vivifiant, le 2ème austère et solennel, le 3ème joyeux et presque guilleret, le 4ème mystérieux et retenu. Le 5ème est simple et bon enfant, le 6ème porte l’allégresse, le 7ème est audacieux et se plait aux arabesques périlleuses, le 8ème respire la paix et la sérénité.

Comme les bâtisseurs de cathédrales ont voulu proposer au peuple de Dieu sa parole sculptée sur les porches et les tympans, les moines, inventeurs du chant grégorien, ont voulu rendre la parole divine palpitante, savoureuse et sensible.

Bien que le grégorien trouve quelques vestiges de la musique gréco-byzantino-syrienne, on peut affirmer que c’est entre la Seine et le Rhin qu’il faut localiser la patrie d’origine du chant grégorien.

Le fonds antique, originel, remonte à la 2ème moitié du VIIIème siècle. Il conviendrait mieux d’appeler ce chant «  romano-franc », car il est un métissage du répertoire vieux-romain et du répertoire gallican. Chaque église locale avait sa liturgie : ambrosienne à Milan, gallicane en Gaule, mozarabe en Espagne. Les manuscrits fourmillent d’une multitude d’indications pour l’interpréter : Répercutions, épisèmes, quilismas, climacus, porrectus, clivis, torculus et autres scandicus.

Si le chant porte le nom de St Grégoire le Grand, pape de 590 à 604 – la tradition le fait moine bénédictin – ce n’est pas que St Grégoire aurait composé tout cet énorme répertoire, sa vie entière n’y aurait suffi. Il possédait une personnalité marquée. Il a réformé, réorganisé, unifié, remarié, restitué, complété tout ce qui se chantait dans les diverses églises et monastères.

L’interprétation du chant grégorien a suscité de grandes querelles. Au cours des âges il s’est considérablement alourdi sous l’influence de la polyphonie naissante, au point qu’il fut abandonné au cours du XVIIIème siècle. Il faudra attendre la fin du XIXème siècle pour le voir réapparaitre en France. Une réforme fut entreprise par Dom Guéranger à l’abbaye de Solesmes. Entreprise difficile, vu la réticence des ecclésiastiques, le manque de livres, l’état douteux des textes imprimés et des manuscrits. Ainsi peu à peu le chant grégorien revenait à l’honneur, mais aussi naquirent de graves divergences d’interprétations entre ceux qui soutenaient la restauration selon Solesmes et ceux qui voulaient revenir à l’interprétation d’origine.  Maurice Emmanuel, Maitre de chapelle de la Basilique Ste Clotilde à Paris alla même jusqu’à organiser une révolte contre Solesmes. En 1903, Pie X rétabli le chant grégorien officiellement dans la liturgie, à travers son « Motu Proprio »

Il est important, avant tout, de garder un caractère sacré, naturel, vivant et adapté aux besoins liturgiques.  Il est écrit dans la Bible « Chantez dans vos cœurs, en restant modestes ». Le chant grégorien ne cherche pas à se faire admirer. Il est prière.

Soli Deo Gloria !

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A L'ORIGINE

LA RESTAURATION DE SOLESMES

L’INTERPRÉTATION ACTUELLE

 

« Nisi enim ab homine memoria teneantur, soni pereunt quia scribi non possunt. »
(Si les sons ne sont pas retenus par la mémoire de l’homme, ils se perdent, car on ne peut les
écrire
- Isidore de Séville (c. 560-636) Étymologies, chapitre III).
Quatorze siècles plus tard, toute tradition orale du chant sacré étant perdue de longue date en
Occident, il ne nous reste que des écrits pour tenter d’approcher notre répertoire, dans lequel
Olivier Messiaen voyait le plus bel héritage que l’Occident nous ait légué.

Dans l'article ci-joint, Richard CHALOT, donne quelques clefs pour comprendre notre manière actuelle de chanter.

A propos de notre manière de chanter ( article en PDF)